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Mes travaux de recherche

Il est, je trouve, très ardu - pour ne pas dire illusoire - de cerner avec exactitude l’étendue de ses propres recherches avant leur issue ferme et définitive. Pourtant au jour le jour, cette page en est l’exemple, il faut bien trouver une manière de présenter ses travaux à autrui, au risque sinon de ne rester qu’un chercheur fantôme. J’ai retenu ici une solution qui paraîtra certainement un peu facile. ;)

Voici quelques extraits du projet initial tel qu’il fût à l’aube de cette thèse en octobre 2007. Ce document n’est certes pas d’une grande fraicheur, mais sa rédaction fut la dernière occasion de mettre à plat mes réflexions dans leurs globalité. Ces extraits sont donc ce que j’ai encore de plus représentatif pour présenter mon travail, d’une façon à peu près exhaustive. Il ne me déplait pas non plus que le lecteur ait la possibilité de mesurer le chemin parcouru, illustrant ainsi comment un sujet de recherche peut évoluer, s’affiner, et se préciser le temps passant.

Où je présente la problématique

Le projet de recherche que je présente ici propose de s’intéresser aux relations d’interdépendance qui se nouent entre les notions de technique et de pouvoir. La technique – aujourd’hui mieux connue sous le terme de « technologie » – se cache derrière des produits dits hi-tech et des pratiques expertes qui se font les porteurs des valeurs de rationalité et de progrès. Le pouvoir est quant à lui insaisissable tant ses formes d’expression sont multiples, si bien qu’il finit par désigner, dans une acceptation large de sa définition, bien plus des interactions par exemple économiques, politiques, idéologiques que les lieux de son exercice. L’idée commune tend à considérer ces deux domaines comme distincts, les pouvoirs étant en position de prédominance et disposant d’une technologie considérée comme neutre pour parvenir à leurs fins. Cette dernière serait, dans une telle optique, réduite à un simple moyen, et les conséquences – positives aussi bien que négatives – de sa mise en œuvre ne seraient imputables qu’aux instances décisionnelles. Ce schéma qui ne laisse apparaître aucun enchevêtrement entre les concepts ne tient cependant pas compte du caractère complexe de la technologie, dont on trouve pourtant la trace dans plusieurs travaux. Comme exemple récent, on peut considérer à la suite de Sfez (2002), que les nouvelles technologies ne sont que des manifestations matérielles d’une idéologie, et donc des enjeux de pouvoir. Selon ce point de vue, la technique et le pouvoir se mêlent dans un discours, un récit qui n’a comme but que celui de légitimer, de valoriser un ordre existant fondé sur des fictions telles que le progrès technique, la croissance économique.

Quelques références bibliographiques

La technologie - au sens large - dispose comme on peut le remarquer d’une place centrale au sein des dispositifs de pouvoir. La proposition de Sfez est séduisante car elle fait apparaître l’autonomie relative de la notion de technique : en quoi cette entité demeure au cœur de la société et en même temps détachée de ses contraintes. Cependant, à l’instar d’autres œuvres philosophiques comme celles de Ellul, Baudrillard ou Simondon, ce type d’analyses s’ancrent davantage dans une optique de théorisation conceptuelle plutôt que dans une démarche visant à l’analyse des aspects singuliers de la réalité sociale. Ellul, par exemple, nous dit explicitement qu’il est nécessaire « de commencer par l’analyse du fait en lui-même, ce qui ne peut se faire que grâce à l’établissement d’un concept en séparant le Technique de sa gangue économico-politique » (1977 : 41). Une telle approche semblera curieuse à l’anthropologue qui, à l’inverse, ne peut élaborer son objet de recherche sans avoir scruté attentivement le maillage dense du tissu social dans lequel il s’insère. Sans pour autant nier les apports véritables de ces approches philosophiques, il me semble pourtant que certains aspects de la réalité sociale ne peuvent indéfiniment être écartés sans déformer de façon significative un phénomène complexe comme celui de la technique. Certes, ces travaux abordent de très nombreux aspects de la prédominance des technologies dans nos sociétés actuelles : la technique comme système, la technique comme milieu, l’autonomie, l’universalité, la totalisation de la technique, ou encore le paradigme techniciste, etc. Pourtant un aspect, à mon sens fondamental, demeure bien souvent en manque d’éclaircissements, il concerne directement le point de vue des individus, c’est à dire leurs pratiques et leurs représentations vis à vis de ce qui n’est, finalement, qu’une somme d’outils destinés à faciliter l’accomplissement de certaines actions prédéfinies. Ce retour à la définition première de la notion de technique est importante pour saisir une caractéristique essentielle de ce que nous appelons couramment les nouvelles technologies : du fait d’une complexité croissante, les individus en mesure d’en saisir le fonctionnement intrinsèque sont proportionnellement de plus en plus rares.

Où j’évoque mon terrain de recherche

Ignorer les mécanismes d’un outil implique-t-il pour autant d’être incapable d’en apprécier l’utilité ? Comment l’incompréhension technique d’un objet comme l’ordinateur pourtant fabriqué par son semblable est-elle vécue au niveau de l’individu ? La méconnaissance technique implique-t-elle une relation d’aliénation ? Comment faire des choix techniques quand on ne connaît pas d’alternative ? Ce type de questionnement est celui qui guidera cette recherche. Afin de saisir les multiples aspects d’une telle problématique concernant les pratiques technologiques, j’ai prospecté pour un terrain de recherche qui puisse offrir un environnement où les enjeux de pouvoirs soient maximums. Si le cas de l’Assemblée nationale est finalement celui que j’ai retenu, c’est parce qu’on trouve en ce lieu plusieurs types d’enjeux, tenant aussi bien du caractère politique de l’institution que de certaines spécificités techniques. (...) Le quotidien d’un député est constitué d’un perpétuel va-et-vient entre sa circonscription et Paris. En ce sens, l’outil informatique constitue vraisemblablement pour lui une innovation appréciable, dans la mesure où cela lui permet d’emporter avec lui ses documents de travail sous une forme numérique. (...) L’institution reconnaît par ailleurs cet état de fait puisqu’aujourd’hui tout député se voit attribuer lors de sa prise de fonction un budget spécifiquement dédié à ce poste financier.

Axes de recherches prévisionnels

Mon premier axe de réflexion se situe autour de l’appropriation par les élus de ce type d’outil. Le niveau de connaissance requis pour une utilisation efficace de l’outil informatique constituera le socle de mes premières investigations, (...) et m’amènera ensuite à m’interroger sur le mode d’apprentissage des technologies. (...) Je m’intéresserai à la récente migration vers les logiciels libres pour notamment tenter d’expliquer pourquoi cette évolution est vécue chez certains comme une régression. En bref, (...) c’est la proposition ellulienne que j’envisage d’approfondir : « en tant qu’hommes modernes, nous ne sommes plus appelés à utiliser des techniques mais à vivre avec des techniques et au milieu d’elles. » (2004 : 54).

Mon second axe de réflexion est une double interrogation concernant une seule et unique problématique : l’outil informatique dans la fabrication de la loi. D’abord, je interrogerai sur la manière dont l’outil informatique peut techniquement répondre aux nécessités propres à l’élaboration d’une loi. (...) Ensuite, je m’orienterai vers les effets indirects des pratiques personnelles de l’élu dans son travail de législateur. (...) De façon plus générale, la question que je pose ici est celle de la neutralité que l’on attribue communément à tout ce qui relève de la technique.

Le troisième axe de réflexion sera l’occasion de relever des enjeux politiques, économiques, scientifiques, idéologiques (...) L’étude de la conception de l’outil, sa diffusion et sa mise en application chez l’utilisateur final, me permettra de saisir avec finesse la portée de la migration technique effectuée à l’Assemblée nationale. (...) En définitive, c’est de façon plus large la question de l’autonomie de la technique que je souhaite interroger par ce biais, en particulier parce que du point de vue anthropologique, j’avoue peiner à imaginer qu’une entité aussi profondément matérielle qu’une technologie, créée par la main et l’esprit de l’homme, puisse échapper à son contrôle.

Vous souhaitez commentez, me questionner sur ces extraits ? N’hésitez pas une seconde, la recherche est aussi faite de discussion... ;)

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Dernière mise à jour le vendredi 11 juin 2010.

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