Les causes sont pourtant connues et admises par grande majorité des universitaires - manque de financement, créations de postes bien trop rares... - mais tous ferment étonnamment les yeux sur les suites. Pudeur de celui ou celle qui peine à boucler ses fins de mois ? Mépris envers celui ou celle qui manifestement n’est pas suffisamment excellent pour percer ? Doctorants et jeunes docteurs sont en définitive dans la même barque, la reconnaissance du diplôme relève du détail, tout au moins du point de vue de la carrière professionnelle. Mais alors me direz-vous : « Pourquoi ne pas passer un concours ? C’est l’occasion d’accéder à un poste stable, qui correspond parfaitement à votre profil, et qui apporte la preuve de votre excellence [2] ! ».
Non, je ne passerai pour ma part pas de concours de type CAPES ou agrégation [3]. La première raison est que ces concours n’existent simplement pas dans ma spécialité (et ce n’est pas la seule), je vous invite à vérifier. La raison semble simple, l’ethnologie (ou l’anthropologie comme vous voudrez) ne s’enseigne pas dans le secondaire. De fait aucune débouchée hors du circuit universitaire n’est envisageable. Seconde raison, nous n’y sommes pas formés. C’est une ironie du cursus universitaire [4], notre excellence est mesurée sur de longues durées à l’occasion de mémoires ou de thèses, et non pas sur un laps de temps très bref. Endurance, plutôt que vitesse. Demanderions-nous à un coureur de marathon de courir le 100 mètres sous prétexte que c’est une discipline plus vendeuse ?
Décidément, je ne vois à cette situation aucune issue institutionnelle. Avec mes zéro euros par mois à écrire ma thèse - il a bien fallu que j’arrête de travailler pour en avoir le temps ! - et l’absence totale de perspective à moyen terme d’obtenir un poste universitaire, je félicite mes convictions d’être encore solides. Comment boucle-je actuellement mes fins de mois ? J’ai trouvé un mécène en la personne de ma compagne. Quels projets pour la suite ? Surement la création d’une association de défense des intérêts des intermittents de l’ethnologie. Un regret ? Que tout cela va dans le sens d’une flexibilisation, et donc d’une instrumentalisation des sciences sociales, et que l’on n’a pas d’autre choix que d’y contribuer.


