De mon point de vue, toute l’étrangeté de ce projet tient du fait que l’UMP - en tant que tel - n’a absolument aucune intention de s’intéresser de près ou de loin aux différentes initiatives [2]. C’est d’ailleurs tellement vrai que ce site n’est pas destiné aux militants mais aux citoyens [3] ; et que le parti s’y fait en tant que tel étonnamment discret [4]. Quel intérêt donc ? L’UMP a-t-il voulu piéger l’internet ? Ou espère t’il asphyxier ainsi le débat ? L’objectif est-il plus pragmatiquement 2012 (ou 2017) ? Ou est-ce une tentative de créer de la démocratie participative, système dont il a lui-même fortement contribué à montrer les limites aux dernières élections présidentielles ?
J’y vois pour ma part une simple opération de communication. Dans une optique de modernisation du parti [5], il semble qu’il soit impossible de ne pas jouer sur le tableau du web 2.0 et l’e-démocratie : tout le monde veut son mybarackobama.com. Bien sûr, il serait absurde de ne pas tenter en prime d’élargir la base militante en attirant avec cette boite à outil ultra-moderne les militants apolitiques sous leur bannière. La stratégie du « on n’a pas besoin de le lancer [le site] avec flonflons et trompettes » (N. Kosciusko-Morizet, ici) participe de la même logique : séduire « la jeune génération qui passe plus de temps sur Internet que devant la télévision » (B. Apparu, ici), et c’est l’occasion de créer un buzz... À ce sujet, on se souviendra de celui occasionné par les (presque) mêmes protagonistes le mois dernier autour du lipdub. On peut en conclure qu’en terme de communication en ligne, leur conseiller bosse à mi-temps... ou alors que ce parti tente maladroitement de se construire une image sur internet [6].
L’UMP tâtonne, expérimente, c’est finalement mon ressenti vis-à-vis de ce (micro) événement. Rien de nouveau au demeurant, c’est également ce qu’il ressort de mes entretiens. Les politiciens - de tout bords - sont conscients qu’il se passe en politique quelque chose d’important, et de plus en plus incontournable, avec l’internet et l’objet informatique (au sens large). Les uns s’en affolent, les autres explorent, font des tentatives, et se font d’ailleurs épingler pour toutes leurs maladresses. Leur tort ? Assurément de se contenter de suivre l’air du temps pour rester à la page, de ne pas chercher à comprendre la nature de l’outil. Preuve en est cette phrase de Benoist Apparu, « On doit être là où les gens sont, sur les marchés comme sur Internet », qui nous montre bien cette vue biaisée d’internet comme un lieu et non comme un outil.
Les politiciens sont-ils cependant les seuls à faire la confusion ?
Quelques liens
Voici quelques contributions sur le sujet qui, dans le raz-de-marée, m’ont plu et ont servi à la rédaction de ce billet :
- Les Créateurs de Possible, l’histoire des jumeaux siamois : analyse bien documentée et perspective historique du projet ;
- Les créateurs de possibles : diatribe contre l’instrumentalisation de la blogosphère notamment ;
- Les Créateurs de Possibles : 2017 en ligne de mire : pour son compte-redu de la présentation faite au blogueurs ;
- Réseaux sociaux politiques : quelques remarques : seule contribution repérée qui propose une réflexion un peu plus distanciée sur les réseaux sociaux en politique, avec une optique comparatiste en plus, très intéressant.


