La réponse s’imposerait d’elle-même si la transcription ne se réduisait qu’à une solution pratique destinée à faciliter le travail de recherche, hérité d’une époque où il était vraisemblablement plus aisé de lire un texte que d’écouter un enregistrement à l’aide d’une machinerie encombrante : la transcription à l’ère du numérique serait de ce point de vue parfaitement désuète. Or, si l’on s’essaye à l’exercice, on s’aperçoit que transcrire peut aussi permettre de faire connaissance avec son corpus, de commencer à mettre en relation ses données, ce n’est donc rien de moins que le début de l’analyse. C’est peut-être pourquoi on s’y résigne souvent, la perte de temps est somme toute assez relative.
D’autant que nous ne savons pas vraiment travailler autrement qu’à l’écrit. Un document dactylographié (qu’il soit papier ou numérique) permet d’annoter, de lire en diagonale, de marquer des pages, d’effectuer de brefs sauts de pages... toutes sortes de manipulations qui participent grandement au traitement des données et que l’on ne peut pas pratiquer avec un document multimédia. Le manque d’habitude certainement, mais des contraintes techniques aussi et surtout. Le curseur temporel d’un lecteur multimédia standard est un outil somme toute limité. L’avenir nous offrira certainement des surprises à ce niveau [3], mais dans l’état actuel des choses il semblerait qu’un document audio ou vidéo à l’état brut ne soit en l’état pas exploitable de façon optimale.
Ces deux constats ne sont pas encourageants pour ce qui est de trouver une alternative aux transcriptions intégrales systématiques, comme il est de coutume en sciences humaines et sociales. Et pourtant, travailler auditivement et visuellement plutôt que textuellement, en se contentant de ne transcrire que de brefs passages selon les besoins rédactionnels, ne paraît pas déraisonnable pour autant. Il ne serait pas surprenant que de telles méthodes d’analyse de corpus multimédias n’émergent pas prochainement, au vu des petites avancées évoquées au dessus que cela offrirait pour le chercheur. Mais comment rendre souple la navigation dans les enregistrements ? Comment y intégrer les données textuelles de ses commentaires et annotations ? Il semblerait que ce soient les deux enjeux à relever pour y parvenir...


