De fait bureaucratique et très hiérarchisé, le militantisme pyramidale a montré ses limites : inertie politique du fait d’un manque de souplesse et de réactivité, également clivage entre militants et représentants élus. Le contexte de la globalisation, avec la multiplication d’enjeux humains dont la politique traditionnelle ne se saisit pas, mais aussi de scandales politico-financiers impliquant les représentants élus, entérine un décalage grandissant entre la réalité du terrain et les modalités de l’action politique. En réaction, on observe « une attitude réfractaire à l’encontre des phénomène de domination, de représentation et de pouvoir en général » (p. 37), source d’un ensemble de valeurs nouvelles - souplesse, autonomie et transparence - qui semblent constituer les nouveaux mots d’ordre du militant de l’aube du XXIème siècle.
« La recherche de nouveaux rapports entre "base" et "sommet" » (p. 38) figure parmi les moteurs essentiels de cette nouvelle dynamique, source de nouvelles pratiques militantes, qui se structurent de façon progressive en opposition avec le modèle historique. Ainsi :
- les petites structures se multiplient, se fédèrent en réseau, impliquant mécaniquement une redistribution de la parole aux militants ordinaires,
- les mandats de représentation se limitent au stricte nécessaire, la légitimité démocratique de chacun (je suis un militant influent car j’ai été élu) a progressivement laissé la place à une légitimité méritocratique (je suis un militant influent car j’ai fait la preuve de ma valeur),
- la figure du militant polyvalent et soumis aux exigences collectives s’efface au profit d’un militant spécialiste et autonome.
Quelles conséquences de ces transformations au niveau de l’individu ? Tout d’abord, l’appartenance dévouée à une entité politique unique laisse la place à l’engagement réversible et circonstanciel, c’est à dire autorisant désormais une libre d’adhésion de chacun aux causes de son choix selon les modalités qui lui sied le mieux. Ensuite, la qualité militante d’un individu n’est plus évaluée à l’aune de sa polyvalence mais à celle de son expérience et de ses compétences particulières, laissant ainsi à chacun la possibilité de se distinguer et de s’affirmer personnellement.
Cette nouvelle organisation sur le mode du réseau est donc indissociable d’un « processus d’individuation » (p.38) des formes d’engagement militant.



