En guise de préalable, précisons que "en ligne" ne signifie pas tant "sur internet" que "par le biais d’internet". C’est-à-dire que le plus souvent, cet outil n’est pas utilisé en tant qu’espace d’action, mais avant tout en tant qu’outil de communication. Il s’agit non pas de s’approprier de nouveaux espaces, d’innover dans les modes d’action, que d’utiliser un canal de communication efficace dans des modes d’actions traditionnels. En ce sens, on comprends que l’e-mail soit l’outil numérique le plus utilisé.
Le premier atout d’Internet est d’offrir les moyens d’un militantisme coopératif, c’est à dire « comme un dispositif simple de mutualisation de données immédiatement accessibles, ressource essentielle de l’action collective. » (p. 86) Le stockage numérique permet de créer des fonds documentaires conséquents, sur lesquels vont s’appuyer les militants pour produire localement des argumentaires, des dossiers ou des tracts.
Si bien que pour qui souhaite s’engager dans une cause, les technologies de l’internet sont incontournables, voire obligatoire. Toutes les informations, des plus documentaires au plus pragmatiques, étant échangées par ce canal privilégié, ne pas se connecter revient à s’auto-exclure de la dynamique collective :
« (...) Et là, très vite je me suis rendu compte que j’étais largué parce que je n’avais pas internet. Beaucoup de gens s’échangeait de l’information que je n’avais pas, on me disait : "on te les envoie par courrier" mais je ne recevais rien, je ne les recevais jamais, donc j’en ai eu marre et je me suis dit que j’avais le choix : soit de m’y mettre et du coup pouvoir vraiment participer, soit rester comme ça mais là, ça revenait vraiment à s’arrêter. Je me suis mis à internet à cause de cet engagement et pas du tout par passion pour internet. » (p.85-86)
Aussi, dans la mesure où c’est un canal de communication ouvert, c’est une manière de diffuser l’information de la manière la plus élargie. On voit ainsi des personnes non-militantes, mais sensible à la cause puisque inscrite sur une liste de diffusion, s’engager ponctuellement pour une cause précise (l’expulsion d’untel sans-papier par exemple). Par le biais d’internet, les structures militantes ont un accès à un réservoir infini de militants potentiels.
Par contre, c’est un canal qui ne peut se suffire à lui-même, puisque ne peut garantir la présence d’un interlocuteur en face. C’est en effet la conséquence du caractère asynchrone du courrier électronique par exemple : communiquer un message par cette voie n’exige ni la présence effective de l’interlocuteur au moment de sa réception, ni une implication personnelle de ce dernier lors la lecture du contenu. Sur ce plan, la communication orale, directe et personnelle est sans conteste la plus efficace. Ainsi, un militant expérimenté mobilisera ses contacts en usant alternativement ou simultanément de la téléphonie mobile, du fax et des différents outils en ligne :
« Le recours à internet ne devient véritablement opératoire que si tous les branchements [relationnels] opérés assurent son inscription dans un réseau sociotechnique fonctionnel. » (p. 101)



