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La machine à tisser des liens sociaux

L’internet militant (2)

Nous assisterions donc - à l’aube de ce XXIème siècle - à l’émergence d’une nouvelle génération de militants qui, délaissant les sentiers balisés des structures traditionnelles de type partis politiques ou syndicats, préfèrent donner la priorité aux micro-associations de lutte, aux collectifs, voire même aux individus. L’action politique de type contestataire aurait donc ces dernières décennies comme éclaté, donnant naissance à une multitude d’acteurs singuliers dans le panel des causes dont ils se font la voix, autonomes dans leurs choix, et libres dans leurs actes. Pour autant, ces entités distinctes savent communiquer mutuellement, tisser des liens, et ainsi se fédérer pour faire cause commune. En ce sens, le recours généralisés aux TIC dans ce nouvel âge du militantisme ne semble pas anodin.

Précisons avant tout que les militants n’ont pas attendu de s’organiser en réseau pour que les TIC soient employées à grande échelle au service de l’organisation de différentes actions : conférences téléphoniques, fax, ordinateurs sont des outils maitrisés depuis quelques années déjà. Ce qui semble une nouveauté par contre c’est « l’émergence de [...] liens qui ne reposent plus exclusivement sur des proximités territoriales, ou des relations verticales telles que celles écoulant d’une affiliation à une organisation » (p. 81). Initialement dédiés à augmenter les performances communicationelles, les TIC servent à présent à l’intégration identitaire, à structurer les modes d’actions, et sont aussi devenus le lieu d’enjeux politiques :

  • les listes de discussion - en permettant l’échange des plannings d’activité, des compte rendus de réunion, ou autres consignes ou mots d’ordre - dynamisent la communication interne des structures militantes ;
  • le courrier électronique a un rôle de maintien et de renforcement des liens sociaux dans un contexte où les contacts physiques peuvent être rares ou simplement diffus ;
  • la téléphonie mobile optimise la flexibilité organisationnelle en facilitant les prises de contact rapides et réactives ;
  • les bases de données en ligne sont le support d’espaces coopératifs de mutualisation de données immédiatement et simplement disponibles, où l’expertise de chacun se renforce par un accès égal aux archives militantes, textes de lois...

Ainsi, on constate qu’Internet permet « un accroissement de l’efficacité et de la productivité militante » (p. 82), et se présente en cela comme un artefact cognitif. Il permet de « pallier une faible institutionnalisation, compenser une répartition éclatée des acteurs (despatialisation) et valoriser le travail individuel ».

Globalement, si l’on observe les modalités de l’action militante d’aujourd’hui, deux tendances peuvent être observées. En premier lieu, l’échange d’information tends à s’individualiser : en abandonnant le fonctionnement pyramidale, les entités militantes traditionnelles (ex : syndicats, partis) se voient confisquer la prérogative d’émettre l’information et de la faire circuler. L’usage d’internet comme moyen communication offre à chacun la possibilité de se constituer source d’information, mais permet aussi d’en personnaliser la réception (chacun décide ce qui à ses yeux est pertinent ou non). En second lieu, l’action militante tends à se globaliser, si bien que la diffusion transnationale et immédiate d’informations locales permet l’émergence de liens entre personnes et structures militantes qui dépassent les logiques hiérarchiques et de territoire, autorisant de cette façon que des situations vécues localement deviennent le support de causes défendues globalement.

Ainsi, d’un certain point de vue, l’essence de la pratique militante n’est fondée sur rien d’autre que le tissage et l’entretien de liens sociaux. On comprends alors avec évidence qu’une place centrale soit ici attribuées aux technologies qui facilitent cette entreprise :

« Dans le monde associatif [...], au sein duquel l’une des opérations principales est le tissage de liens, il n’est pas étonnant de recenser une forte présence des outils de communication en général. » (p. 72)

Ces notes de lectures s’appuient sur le chapitre « Réseaux militants constitués et ajustements fonctionnels » de l’ouvrage L’internet militant de Fabien Granjon (2001). Toutes les citations dans le corps de l’article sont donc, sauf exception explicites, sont celles de l’auteur.

Illustration : The Cell Phone REvolution is Here ! de Tricia Wang 王圣捷.


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Dernière mise à jour le samedi 31 mars 2012.

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