Précisons avant tout que les militants n’ont pas attendu de s’organiser en réseau pour que les TIC soient employées à grande échelle au service de l’organisation de différentes actions : conférences téléphoniques, fax, ordinateurs sont des outils maitrisés depuis quelques années déjà. Ce qui semble une nouveauté par contre c’est « l’émergence de [...] liens qui ne reposent plus exclusivement sur des proximités territoriales, ou des relations verticales telles que celles écoulant d’une affiliation à une organisation » (p. 81). Initialement dédiés à augmenter les performances communicationelles, les TIC servent à présent à l’intégration identitaire, à structurer les modes d’actions, et sont aussi devenus le lieu d’enjeux politiques :
- les listes de discussion - en permettant l’échange des plannings d’activité, des compte rendus de réunion, ou autres consignes ou mots d’ordre - dynamisent la communication interne des structures militantes ;
- le courrier électronique a un rôle de maintien et de renforcement des liens sociaux dans un contexte où les contacts physiques peuvent être rares ou simplement diffus ;
- la téléphonie mobile optimise la flexibilité organisationnelle en facilitant les prises de contact rapides et réactives ;
- les bases de données en ligne sont le support d’espaces coopératifs de mutualisation de données immédiatement et simplement disponibles, où l’expertise de chacun se renforce par un accès égal aux archives militantes, textes de lois...
Ainsi, on constate qu’Internet permet « un accroissement de l’efficacité et de la productivité militante » (p. 82), et se présente en cela comme un artefact cognitif. Il permet de « pallier une faible institutionnalisation, compenser une répartition éclatée des acteurs (despatialisation) et valoriser le travail individuel ».
Globalement, si l’on observe les modalités de l’action militante d’aujourd’hui, deux tendances peuvent être observées. En premier lieu, l’échange d’information tends à s’individualiser : en abandonnant le fonctionnement pyramidale, les entités militantes traditionnelles (ex : syndicats, partis) se voient confisquer la prérogative d’émettre l’information et de la faire circuler. L’usage d’internet comme moyen communication offre à chacun la possibilité de se constituer source d’information, mais permet aussi d’en personnaliser la réception (chacun décide ce qui à ses yeux est pertinent ou non). En second lieu, l’action militante tends à se globaliser, si bien que la diffusion transnationale et immédiate d’informations locales permet l’émergence de liens entre personnes et structures militantes qui dépassent les logiques hiérarchiques et de territoire, autorisant de cette façon que des situations vécues localement deviennent le support de causes défendues globalement.
Ainsi, d’un certain point de vue, l’essence de la pratique militante n’est fondée sur rien d’autre que le tissage et l’entretien de liens sociaux. On comprends alors avec évidence qu’une place centrale soit ici attribuées aux technologies qui facilitent cette entreprise :
« Dans le monde associatif [...], au sein duquel l’une des opérations principales est le tissage de liens, il n’est pas étonnant de recenser une forte présence des outils de communication en général. » (p. 72)



